Saussez fait le bilan web du gouvernement

Thierry Saussez, patron du Service d’information du gouvernement (SIG) depuis avril 2008, a annoncé en octobre qu’il quittait ses fonctions.

Ce proche de Nicolas Sarkozy, qui avait participé à la campagne présidentielle de 2007,  admet que son adjoint (Étienne Guepratte) est « bien placé » pour le remplacer à la tête de l’institution.

Lui, où ira-t-il ? Pour l’heure, Thierry Saussez se garde bien de répondre : « Je fais mon marché, je me déciderai en janvier ». En octobre il avait indiqué vouloir reprendre ses activités de consultant politique.

Thierry Saussez dresse ici le bilan « web » de son passage au SIG, le département communication du gouvernement. Il revient au passage sur « le fiasco » du site France.fr.

INTERVIEW

Pendant vos trois ans passés au SIG, quelle place a pris le web dans la stratégie de communication du gouvernement ?

Il y a d’abord eu un effort d’organisation notamment avec la création d’un service d’action web spécialement consacré au média Internet. Une augmentation de moyen ensuite. Les investissements publicitaires sur le web représentent désormais 15 à 20 % de l’effort global. A titre de comparaison, la télévision occupe 35 à 40 % de ce budget « publicité ».

Nous avons également créé une plateforme pour les jeunes sur Skyrock et Fil’gouv, la plateforme de vidéos mutualisées de tous les opérateurs publics et des ministères.  Les Américains, avec beaucoup plus de moyens que nous, vont lancer Video.gov l’année prochaine. Nous, nous avons fait une petite chose. Mais on l’aura fait avant eux, cette fois-ci.

Et nous avons lancé France.fr, pour rattraper le retard considérable que nous avions.

Le lancement de ce site, vitrine du pays sur le web, en rade pendant un mois après son lancement, a été qualifié de fiasco par les internautes…

C’est très désagréable ce genre de commentaires. Qu’est-ce qu’un mois, alors que nous avions dix ans de retard dans le domaine ? Il y a des contraintes inhérentes à un site public. Un site privé peut changer d’hébergeur en 48h. Dans le public, avec les marchés, les contrats, il faut un mois.

J’ai lu que je partais à cause de ce retard, que Nicolas Sarkozy m’avait fait les gros yeux. Non mais franchement. Ce sont des « bobards ». Je n’ai jamais parlé du retard de France.fr avec le président. S’il fallait changer la structure ou les responsables de l’Etat à chaque fois qu’il y a une difficulté, l’Etat ne prendrait plus aucune initiative. Mais moi, je suis venu pour en prendre. J’ai pris des risques. Je les assume.

Et aujourd’hui, comment se porte France.fr ?

C’est un site très lourd avec un million de pages et trois millions de liens qui comptabilise 640.000 visiteurs uniques pour le mois de novembre. Il figure désormais dans le trio de tête des sites de pays, derrière les Etats-Unis et l’Espagne.

Vos objectifs de départ ne sont pas atteints ?

J’avais fixé la barre des « un million » de visiteurs uniques par mois. Nous y arrivons progressivement. Le trafic provient à 80% de la France et à 20% de l’étranger.

Et puis, nous allons lancer, dans la semaine, la version participative de ce site. Les internautes pourront, par exemple, y poster leurs photos…

Les textes seront évidemment modérés. Mais je suis optimiste : nous ne devrions pas avoir besoin de beaucoup de modération.

Après ces trois ans passés au SIG, quels enseignements vous retirez ? Comment doit communiquer une institution sur le web ?

D’abord, elles n’ont pas le choix. Les institutions doivent être sur le web. Ensuite, elles doivent développer l’interactivité. Mais c’est compliqué. On peut toutefois très bien imaginer sélectionner une vingtaine de questions d’internautes, les soumettre à une institution et publier sur le web les réponses, par exemple. Troisième impératif pour les institutions : répondre à la très forte demande d’images. L’Etat français ne produit pas assez de photos et de vidéos. Enfin, la quatrième variable, ce sont les achats d’espaces publicitaires sur les sites dans lesquels les institutions devraient se lancer.

A votre avis, comment va désormais se développer le SIG ?

Nous étions très en retard. Nous avons commencé à combler ce retard. Il y aura dans les dix ans qui viennent, incontestablement, un « SIG net », c’est à dire une structure spécifique qui mutualise toutes les ressources publiques, avec probablement autant de gens qu’il y a ici au SIG, c’est à dire une centaine de personnes spécifiquement dédiées au web.  Parce que l’évolution des campagnes, le mode de consommation des médias fait que, cet univers là, nous oblige à ne pas rester les bras croisés.

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